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Mehdi Ben Barka, une vie posthume plus longue!*

Q : Monsieur le Président bonjour. Nous vous remercions de nous avoir accordé cette occasion pour vous parler. Quel regard portez-vous sur le Maroc d’aujourd’hui, 45 ans après votre enlèvement, à l’âge de 45 ans ?

Mehdi Ben Barka : « Je voudrai que notre discussion prenne la forme d’un échange entre nous, car les idées que je vais vous exposer sont en étroite liaison avec notre vie quotidienne et avec le destin de notre pays … quelque soit la forme de notre société actuelle, une analyse sociologique approfondie et un aperçu sur l’état des peuples socialement arriérés comme le notre, suffisent à nous montrer que cette société a besoin d’évoluer. Le Maroc nouveau a besoin d’une société nouvelle. … La participation populaire [est une des] conditions indispensables à la construction d’une société nouvelle. C’est la participation du peuple à l’élaboration, l’exécution et le contrôle des plans de développement … Mobilisons-nous de nouveau pour travailler avec un grand enthousiasme à la construction de la société nouvelle »(1).

Q : Quelle a été la principale entrave qui a empêché le Maroc, à votre avis, de réaliser 54 ans après son indépendance, cet objectif pourtant levé depuis longtemps ?

Mehdi Ben Barka : « Nous avons devant nous d’autres expériences, comme celle de la Turquie de Mustapha Kemal Atatürk, de la Chine populaire ou de l’Inde. Que pouvons-nous en tirer comme enseignements ? Dans ces expériences, nous constatons que les forces sociales qui ont conduit le combat pour la libération sont celles-là même qui ont pris les rênes, même après coup, pour diriger le combat difficile de la reconstruction pendant la période transitoire… La situation actuelle que vit notre pays ne peut être traitée par de belles paroles et de beaux discours. Elle a besoin d’une révolution profonde que nous devons mener …Nous ne promettons pas de miracles. Leur époque est révolue. C’était un don que Dieu a réservé à certains prophètes.Ce qu’on appelle aujourd’hui un miracle, c’est ce que réalisent les peuples par leur travail constant, avec abnégation et des sacrifices continus, et selon des programmes planifiés avec rigueur »(2).

Q : Les masses populaires, vos sympathisants parmi l’élite, que vous êtes censés représenter n’ont pas compris le sens de votre participation gouvernementale depuis 1998, comme celle de 1958. Que répondez-vous ?

Mehdi Ben Barka : « Comment peuvent-ils comprendre nos hésitations antérieures si jamais nous ne leur révélons pas les dures batailles que nous avions dues mener pendant notre participation au gouvernement, pour faire aboutir la réforme la plus bénigne ? Seule l’explication objective de nos insuffisances, de nos erreurs passées, peut leur permettre de se préparer pour les luttes à venir … La responsabilité directe ? Il faut la chercher dans l’imposture qui, depuis 1960, sert de fondement à la politique officielle du Maroc.

On fait applaudir les populations par contraintes, ou par réduction de la misère et l’on fait de ces applaudissements forcés un principe de gouvernement. Mais la réalité se venge de toutes ces illusions et la seule vraie politique est la politique du vrai ! »(3).

Q : Vous avez un ton différent, monsieur le Président. Quel regard portez-vous sur la transition démocratique que vit le Maroc d’aujourd’hui ?

Mehdi Ben Barka : « La démocratie n’est pas une enseigne qu’on exhibe aux touristes, c’est une réalité qui doit ouvrir concrètement à chacun des possibilités de progrès et de culture …Maintenant, nous avons pris une position nette sur le plan constitutionnel, mais nous ne devons pas compenser une erreur par une autre. Il ne faudrait pas que la constitution devienne un mot magique qui va régler tous les problèmes. A mon sens, la constitution n’est pas valable dans la mesure où elle ne garantit pas les libertés publiques, leur permet d’être effectives, par le contrôle et la sanction du pouvoir et où elle permet de contrecarrer les influences étrangères dans les affaires de notre pays. Ce qui importe pour nous c’est la définition des pouvoirs et des responsabilités devant le peuple, la mise en place des institutions authentiquement populaires. Donc, le problème constitutionnel n’est qu’une partie du problème démocratique, c’est-à-dire de la participation, de plus en plus large des masses populaires à la gestion publiques »(3).

Q : Et la laïcité, qu’en pensez-vous ? Spécialement dans l’école publique ?

Mehdi Ben Barka : « Il reste entendu que, pour nous, l’enseignement religieux fait partie intégrante des programmes d’enseignement pour les marocains, étant donné qu’ils sont soit musulmans, soit israélites. Mais la partie de l’enseignement religieux devra être facultative pour ceux qui ne sont pas de religion musulmane ou israélite. Nous adopterons, pour les non-musulmans, un système français qui donne à l’enseignement religieux une place à côté de l’enseignement laïque. Mais le citoyen marocain, en tant que citoyen, est aconfessionnel, en ce sens que les institutions de l’Etat marocain sont des institutions non confessionnelles »(4).

Q : Un dernier message pour les jeunes d’aujourd’hui …

Mehdi Ben Barka : « L’éducation … C’est que, sans la masse, sans l’éducation de la masse, nous resterons isolés, nous resterons comme l’arbre qui perd ses racines, et qui est voué à la mort. Voilà quelles sont actuellement nos préoccupations en matière d’éducation. D’abord, à long terme, c’est l’Université, c’est la réforme de l’école ; et à court terme, c’est cette lutte contre l’analphabétisme … »(4).

Ressources :

(1)   : Mehdi Ben Barka, conférence devant les cadres du parti de l’istiqlal de Tétouan, 31 Juillet 1958.

(2)    : Mahdi Ben Barka, « Nos responsabilités », conférence devant les cadres du parti de l’istiqlal à Casablanca, théatre municipal, 19 Mai 1957.

(3)    : Mahdi Ben Barka, « Option révolutionnaire au Maroc », rapport au secrétariat général de l’UNFP, avant le 2e congrès, Rabat, le 1er Mai 1962 + préface de Mehdi Ben Barka, Juin 1965.

(4)   Mahdi Ben Barka, « L’Université marocaine », conférence donnée au séminaire des Bénédictions à Tioumliline (région d’Azrou) devant Fkih Mohammed Belarbi Alaoui, maître Abdelkrim Benjelloun, ministre de la justice, le professeur Louis Massignon et d’autres personnalités marocaines et étrangères, Août 1957.

* Interview fictive, les réponses sont issues de propos réels de M. Ben Barka

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