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Jordi Tejel Gorgas sur la question Kurde :  » réduire le mouvement kurde à une alliance avec Israël est simplement un raccourci afin de le délégitimer devant les yeux de la population arabe »

0- Bio de Mr Jordi Tejel Gorgas
Dr Tejel is Research Professor in the History Department at the University of Neuchâtel and Research Associate at the Graduate Institute of International and Development Studies. Since August 2017, he leads a research programme funded by the European Research Council on Transborder Spaces, Circulations, and Frontier Effects in the Middle East. His most recent books include Syria’s Kurds. History, Politics and Society (Routledge, 2009), Writing the Modern History of Iraq: Historiographical and Political Challenges (ed. with Sluglett, Bocco, and Bozarslan, World Scientific Press, 2012), and La Question kurde: Passé et présent (L’Harmattan, 2014).

1- La question kurde (telle qu’on la connait aujourd’hui) remonte aux accords Sykes-Picot. Pourquoi la majorité des élites, surtout progressistes arabes, qui dénoncent violemment ces accords ne reconnaissent pas le mal subit par « le peuple kurde »?

En réalité, si les accords Sykes-Picot ont une certaine résonance pour toute la région, pour les Kurdes les traités les plus importants pour leur destin sont celui de Sèvres de 1920 qui envisage la création d’un Etat kurde indépendant et celui de Lausanne de 1923 qui enterre le précédent. Le Traité de Sèvres envisage la création d’un Etat kurde dans le sud-est de la Turquie actuelle auquel le vilayet de Mossoul (y compris les régions kurdes du nord de l’Irak actuel) pourrait se joindre si ce désir était exprimé par les élites de ce territoire.

Ce faisant, le Traité de Sèvres est perçu comme une potentielle amputation du « monde arabe ». Par la suite, la France et la Turquie tracent la frontière actuelle les séparant et encourage l’arrivée de populations kurdes, au même titre que des milliers d’Arméniens et Assyriens, dans la Jazira. Pour les nationalistes arabes de Damas, ces enclaves de « réfugiés » et d’étrangers sont vus comme un « deuxième » projet colonial similaire à celui des Sionistes en Palestine.

2- Une fausse idée se répand un peu partout dans la région MENA : « Les kurdes sont pro-israéliens ». Et pourtant, les factions proches de Barazani n’ont pas le monopole de la question kurde, et il existe bien des mouvements progressistes en opposition avec le sionisme. Quelle est selon vous la topologie des mouvements kurdes?

Certaines tendances du nationalisme arabe, de tendance islamiste ou laïque, ont vu dans le mouvement kurde une cinquième colonne des intérêts « impérialistes », français, anglais, puis américains et donc israéliens. La réalité est que certains mouvements kurdes, parce qu’ils n’étaient pas assez forts face à des Etats, ont cherché le soutien politique et matériel de tous les pays sans exception. SI Israël a aidé le mouvement de Mustafa Barzani dans les années 1960 et 1970, il faut rappeler que les Kurdes ont demandé de l’aide à la Russie et ensuite l’URSS, aux Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Iran (PDK irakien), l’Irak (PDK iranien), la Syrie (PKK, PDK, UPK). Donc réduire le mouvement kurde à une alliance avec Israël est simplement un raccourci afin de le délégitimer devant les yeux de la population arabe.

3- Avec le référendum dans les provinces kurdes d’Irak, la porte est ouverte pour un conflit autour d’une région qui touche au moins 6 pays (Géorgie, Arménie, Turquie, Iran, Syrie et Irak). Devrons-nous s’attendre à une crise régionale qui s’ajoutera déjà aux multiples conflits de cette région?

Je suis moins pessimiste. Tout d’abord, les Kurdes d’Irak n’ont pas de visées territoriales en dehors de l’Irak. Leur projet est circonscrit au nord de l’Irak actuel pour diverses raisons. D’une part, ils sont conscients des contraintes géopolitiques, notamment l’opposition des Etats de la région à l’émergence d’un Grand Kurdistan. D’autre part, des mouvements politiques comme le PKK et le PYD sont hégémoniques en Turquie et en Syrie, respectivement. Or ces mouvements maintiennent de mauvaises relations avec Massoud Barzani. En d’autres termes, Barzani ne veut ni peut exporter le problème kurde au-delà des frontières de l’Irak.

4- Le référendum kurde, et celui de la Catalogne, rappelle une époque du 19ème siècle et tous les conflits sur l’essence des états nations. Pensez-vous que cela ouvrira la porte à des revendications ethnico-identitaire un peu partout? Spécialement dans cette région?

Non. Les problèmes catalan et kurde sont très anciens, comme le palestinien par ailleurs. Mais ils sont rares aussi bien en Europe occidentale qu’au Proche-Orient. Ce que nous observons maintenant ce l’aboutissement d’un processus de maturation de ces questions. Je ne vois pas beaucoup d’autres exemples similaires en dehors du palestinien au Proche-Orient.

5- Comment va se développer cette question kurde dans un futur proche, selon vous, et quelle sera les positions des puissances régionales (Turquie et Iran)?

À mon avis, les conséquences immédiates seront minimes dans le sens où Barzani va probablement faire profil bas et ouvrir des négociations avec Bagdad qui peuvent durer des années. Si c’est le cas, des pays comme la Turquie et l’Iran se calmeront et reviendront à leurs relations de voisinage lesquels malgré des tensions ponctuelles sont restés stables ces dernières années.

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