Download Free FREE High-quality Joomla! Designs • Premium Joomla 3 Templates BIGtheme.net
Home / Actualités / Faouzia Charfi pour #Anfass : « Mon livre est un appel pour redonner goût à la science »
chorfi

Faouzia Charfi pour #Anfass : « Mon livre est un appel pour redonner goût à la science »

« Internet est un support commode pour séduire le lecteur, images « scientifiques » récentes à l’appui de la supposée démonstration selon laquelle la cosmologie moderne se trouverait dans le Coran. La plupart sont des photos obtenues par les satellites d’observation, le fameux satellite Hubble, du nom de l’astronome américain, envoyé dans l’espace en 1990 par la NASA et considéré comme une de ses missions scientifiques les plus réussies. Hubble a récolté des centaines de milliers d’images sur l’univers qui nous entoure. Ces documents continuent à être exploités par les chercheurs, ils font le bonheur des astronomes amateurs mais ils servent aussi à leurrer des lecteurs par ce que Mohamed Arkoun qualifie de « manipulations fantaisistes  ». Ainsi, on peut trouver une description précise mais fausse de l’expansion de l’univers, avec des galaxies s’éloignant les unes des autres avec des vitesses « comprises entre une fraction de la vitesse de la lumière à une valeur supérieure à cette dernière ». Ce qui est contraire à un des fondements de la physique : l’impossibilité pour toute particule de dépasser la vitesse de la lumière dans le vide. Mais, sans culture scientifique, comment réfuter cet argument fantaisiste rendu attrayant par le sérieux et l’exactitude avec lesquels ils énonce des contre-vérités ? […] La présentation des « Miracles du Coran » est analogue d’un site à l’autre : citation d’un verset du Coran suivie d’une explication à prétention scientifique et représentative des théories les plus récentes. On se doute bien que cette démarche ne propose ni un contenu en accord avec le texte sacré cité, ni un contenu relevant de la science. Le lecteur non averti ne peut saisir le caractère approximatif ou erroné de l’explication proposée. Cette prolifération de présentations trompeuses vis-à-vis du texte sacré et vis-à-vis de la science est inquiétante. »

Extrait du livre « Science voilée ».

Faouzia Farida Charfi est physicienne, universitaire, mais aussi intellectuelle engagée. Militante de longue date, elle a été secrétaire d’Etat à l’enseignement supérieur au gouvernement provisoire qui a suivi la révolution Tunisienne.

Anfass l’a rencontrée et a eu avec elle cette interview :

Q : Quel regard portez-vous sur la nouvelle constitution ?

R : Trois ans après la révolution du 14 janvier 2011, la nouvelle Constitution tunisienne est votée par 200 voix sur 217. Ce résultat nous a tous réjoui. Il est extrêmement important. D’une part, le consensus politique entre une modernité affirmée et une adhésion aux normes internationales des droits humains. D’autre part, un attachement à la norme religieuse a régné pour l’adoption de la Constitution. Ce consensus a été une nécessité pour avancer. En revanche, il a eu pour conséquence une Constitution brouillée, car elle n’affirme pas clairement les libertés individuelles : elle est ambigüe. Certes, la Constitution n’inscrit pas la Charia comme source de législation ; la complémentarité de la femme avec l’homme a été abandonnée. L’Etat garantit la liberté de conscience et s’engage à interdire les campagnes d’accusation d’apostasie. Tout cela est fondamental. Mais en même temps, l’Etat s’engage à protéger les sacrés et à interdire d’y porter atteinte. Comment sera défini le sacré ? Et quel sera le seuil jugé acceptable ? C’est une réelle source d’inquiétude pour l’avenir de mon pays, qui résistera – je l’espère – aux tentatives d’enfermement d’un type nouveau, drapé de sacré.

Le deuxième point que je pourrais relever porte sur les droits des femmes. Nous sommes dans un pays qui a adopté un Code du Statut personnel unique dans le monde arabe. Cela a été fait quelques mois après l’indépendance (le 13 août 1956). La nouvelle constitution stipule plusieurs principes importants : les citoyens et les citoyennes sont égaux en droits et devoirs. Ils sont égaux devant la loi sans discrimination aucune. L’Etat garantit la protection des droits de la femme. Il les soutient et garantit donc l’égalité des chances entre femmes et hommes, pour assumer les différentes responsabilités, dans tous les domaines. A ce niveau aussi, on peut être satisfait de la préservation des acquis des femmes tunisiennes. Mais on réalise les limites d’un texte, faisant référence non pas aux droits des femmes et des hommes, mais aux droits des « citoyennes et citoyens ». Cela se rapporte donc à la sphère publique et non à la sphère privée, et, à l’égalité devant la loi et non dans la loi. En d’autres termes donc, la question des discriminations à l’égard des femmes reste ouverte.

Q : Votre livre, « Science voilée », est une critique envers l’utilisation à tort de la religion de manière à brider la science. Parlez-nous-en.

R : Mon livre est un appel pour redonner goût à la science. A mon avis, elle est un peu trop oubliée à l’heure actuelle, alors que tant de questions importantes pour l’avenir de notre planète (la santé, l’eau, les énergies, l’environnement…) dépendent de notre capacité de maîtriser la science. Je propose donc aux lecteurs une promenade dans l’histoire de la science, à commencer par les découvertes les plus décisives, accomplies par les savants arabo-musulmans. Puis, je m’interroge sur ce qui a amené les pays musulmans – et la Tunisie en particulier – à laisser filer loin devant eux le train de cette culture scientifique, où la raison et l’examen critique sont les seuls juges de la validité des idées.

Les extrémistes musulmans détournent la science, pour faire prévaloir leur vision religieuse du monde et leur projet d’hégémonie politique. Comme les fondamentalistes de l’Occident chrétien, ils ne proposent que des bouts de science. En ce qui concerne l’évolution biologique, les uns et les autres s’allient pour s’attaquer à la science.

Q : Cette façon de présenter l’« I3jaz » du texte coranique, de brider la science avec des messages d’une tendance religieuse salafiste, a connu son apogée durant la fin des années 90 et le début du 3ème millénaire. Pensez-vous que le public devient de plus en plus lucide dans notre région ?

R : Le discours concordiste affirmant que toute la science moderne est dans le texte coranique, a pris de l’importance au milieu des années 1970. Depuis, elle s’est considérablement développée, avec les moyens de communication utilisés, internet et les télévisions satellitaires. C’est un double détournement de la religion et de la science. La prolifération des sites présentant les « Miracles scientifiques du Coran » ont abouti à faire du concordisme un des éléments de séduction pour la jeunesse. C’est un des moyens utilisés pour calmer la frustration de la jeunesse. Une jeunesse qui est admiratrice des applications de la science moderne dans le domaine de la communication, admiratrice de la sophistication des téléphones et ordinateurs dont elle n’est que consommatrice. Une jeunesse à qui les obscurantistes donnent l’illusion qu’ils partagent la « science » et la technologie avec ceux qui la conçoivent. Mieux encore, il s’agit de les convaincre que l’Occident n’est pas supérieur au monde musulman.

Ce discours donne un label scientifique aux sites de propagande islamiste. Il se pare d’une supposée modernité qui, malheureusement, séduit de plus en plus les utilisateurs d’Internet, particulièrement les jeunes.

Q : Vous en parlez dans votre livre : comment comprendre que les disciples de certaines disciplines, on ne peu plus « raisonnables », comme la médecine et l’ingénierie, soient gagnés par cette forme d’islamisme qui nie la science, voire qui l’infantile ?

On peut être surpris du fait que ce sont les scientifiques qui se laissent séduire par les discours islamistes qui, dénaturent la science et la refusent même, à une certaine mesure.  On s’attendrait à ce que ce soient plutôt les littéraires ou les juristes, qui s’inscrivent dans une continuité avec le passé. Ce paradoxe n’est pourtant qu’apparent. Les sciences humaines, la littérature et la philosophie, permettent d’avoir une vue globale des problèmes : dans le temps, à travers l’histoire des idées, dans l’espace, à travers l’étude comparative des différentes civilisations… Ces disciplines favorisent une certaine ouverture d’esprit. Quant aux sciences dites « exactes », elles peuvent évidemment assurer la même ouverture d’esprit, mais à condition d’être correctement enseignées et qu’on ne les ampute pas de leur contenu théorique, au point de les réduire à la technologie.

Q : Enfin, pensez-vous que le « Printemps arabe » a aidé à une vraie renaissance culturelle dans la région ? Au Maghreb? En Tunisie?

La révolution du 14  janvier a libéré la parole des tunisiens. Ce que l’on pourrait en premier lieu avancer, c’est le fait qu’elle a rendu plus visible l’affrontement entre ceux qui prônent un Etat moderne, doté d’institutions, s’appuyant sur une séparation claire entre islam et politique, régi par un droit positif, affirmant les libertés individuelles, l’égalité dans tous les domaines entre les femmes et les hommes, et ceux qui considère que l’islam doit conditionner le fonctionnement de l’Etat, que la charia est la loi qui doit gérer la société.  Pour la première fois, le débat de fond sur la question du droit, de la place des femmes, a réellement  lieu, en toute liberté. C’est pour moi le grand acquis de la révolution, la liberté de parole et d’expression qui s’est exercée au sein de la société tunisienne. La révolution a porté sur la place publique le débat sur les questions fondamentales qui agitent notre société, ainsi que les autres sociétés arabes.

Aujourd’hui,  ce débat est ouvert sur la place  publique. Jusque-là, il n’avait eu lieu que dans des cercles bien limités, dans le cadre de discussions académiques. Aujourd’hui, le débat sur la Charia, la liberté de conscience ou le takfir (l’apostasie), le débat sur les droits des femmes, est sorti de ces cercles d’initiés. Il est maintenant public. La société civile s’est impliquée dans ces questions de fond qui nous divisent. D’ailleurs, elle s’y est beaucoup plus impliquée que les partis politiques. C’est là un acquis fondamental que je retiens. C’est donc pour moi le commencement d’un travail de construction que vont effectuer les tunisiens.

 

Prix et Décorations

Prix présidentiel au Baccalauréat (Tunis, 1958)

Médaille Rammal (1995)

Ordre du Mérite Culturel (Tunisie, 1996)

Chevalier de la Légion d’Honneur (France, 1997)

Commandeur des Palmes Académiques (France, 2001)

 

About أنفاس

Check Also

massira

فيديو – المسيرة الوطنية بالرباط تضامنا مع احتجاج الحسيمة و مطالبة بإطلاق سراح المعتقلين