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Le démographe Courbage pour #Anfass : « Patience, la révolution française a pris près d’un siècle pour produire ses fruits, avec beaucoup de hauts et de bas »

Né en 1946, Youssef Courbage a fait ses études en sciences économiques et en sociologie à Beyrouth avant de les poursuivre à Paris, où il s’est spécialisé en démographie et en urbanisme. Il a été expert à l’Unesco puis aux Nations unies à Beyrouth (1973-­1975), Le Caire (1975­-1977), Yaoundé (1977-­1979), Port­-au- Prince (1979­1984) et Rabat (1984­1989), puis chercheur à l’Institut national d’études démographiques (Ined), Paris. Entre 2003 et 2005, il a été détaché à l’Institut français du Proche­-Orient à Beyrouth, dont il a dirigé le département des études contemporaines. Youssef Courbage est l’auteur de plusieurs essais parmi lesquels, Les caractéristiques démographiques des minorités nationales dans certains Etats européens (1998-­2000), ou encore Nouveaux horizons démographiques en Méditerranée (2007), coécrit avec Emmanuel Todd.
En expert en démographie, Youssef Courbage revient dans cet entretien avec Anfass sur les résultats du recensement au Maroc.

 

Au Maroc, le Haut-Commissariat au Plan a rendu officiellement les premiers résultats du recensement opéré en 2014. Quelle lecture en faites-vous?
J’en fais une lecture optimiste. La diminution du taux d’accroissement de la population qui reste néanmoins légèrement au-dessus de 1% par an, présage de meilleurs lendemains  démographiques aux répercussions bénéfiques aux plans économique, social et éducationnel. La transition démographique est en marche et offre d’énormes opportunités au Maroc, si elle est intégrée comme donnée principale dans les politiques publiques dans une approche multidimensionnelle. Il faut noter la rapidité de cette transition : passer de 7,5 enfants par femme majeure à l’aube de l’indépendance à 2,19 en 2010 est extrêmement phénoménal ! Il a fallu bien plus de temps, voire un siècle en Europe pour passer cette étape.

Nous parlons de transition démographique au Maroc et au Maghreb. Selon vous, quels seront les grands défis de demain dans cette région?
En termes régional le plus grand défi est dû au fait que les 5 (ou 3) pays du Maghreb n’ont pas réussi à rassembler leurs efforts pour créer un bloc régional qui puisse peser face à l’Europe, au Moyen-Orient arabe, à l’Afrique subsaharienne. Ceci est une nécessité ! Ensuite, pour le Maroc, comme pour les autres pays voisins, les défis socioéconomiques seront accentués : emploi, retraite, accès aux services publics de base, … La population vit plus longtemps, en meilleure condition et demande plus de prestations et plus qualitatives. Comme vous l’avez bien mentionné dans votre document, la planification stratégique qui intègre la dimension démographique peut être un moyen efficient pour piloter les politiques publiques afin de relever ces défis.

En matière d’emploi, le Maroc est-il capable de créer autant d’emploi net que les naissances?
La question est complexe. En fait l’offre de travail actuelle au Maroc dépend des naissances survenues il y a 18-25 ans grosso modo. Le ralentissement actuel des naissances au Maroc aura des répercussions également dans un laps de temps identique donc vers les années 2033 et au-delà. Cela veut dire concrètement que le Maroc doit produire plus d’emplois d’ici 2030 que les naissances actuelles, ce qui demande des pouvoirs publics des efforts supplémentaires afin de résoudre durablement la question de l’emploi (Pour ne pas parler du chômage) et la question sous-jacente des retraites.

Les inégalités spatiales, de revenus, d’accès aux services de base, … dans la région seront-elles plus accentuées selon vous si les politiques publiques continuent de la même manière?
Certainement. La transition démographique en cours au Maroc annonce de meilleurs lendemains. La période actuelle de transition démographique représente une « opportunité inégalée à l’échelle d’une nation », comme vous l’avez bien dit dans votre document sur la fiscalité : Le Maroc disposera d’une majorité de jeunes en âge de travail durant les 15 à 20 prochaines années. Mais à elle seule elle ne suffit pas si elle n’est pas confortée par une politique publique multiforme surtout dans le domaine de l’éducation et des créations d’emploi.

Comment voyez-vous l’apport des phénomènes d’urbanisation accrue, de concentration dans 5 régions, de changement de comportements socio-économiques, … dans les débats culturels : laïcité, droits culturels, liberté de culte, IVG, …?
L’urbanisation du Maroc est une bonne chose. Elle favorise l’individuation et toutes ses conséquences positives en termes d’ouverture d’esprit, de libertés, d’esprit d’initiative … En outre, le fait que la population rurale ne s’accroisse plus permet une moindre pression démographique sur les terres cultivables dans les campagnes et une amélioration de la productivité à l’hectare.

Comment pensez-vous que le Maghreb et le Maroc en particulier peut profiter ce qu’on appelle « l’occasion démographique »?
Le Maghreb et le Maroc doivent profiter de cette conjonction particulièrement propice de ralentissement du « youth bulge » et du fait que le vieillissement démographique n’est pas encore à l’ordre du jour. Mais ce sont comme je l’ai dit des potentialités qui doivent être épaulées, pas seulement par le secteur public mais par le privé qui devrait être plus audacieux en investissant plus et mieux au Maroc dans des secteurs créateurs d’emplois. Cela rejoint votre proposition sur la politique économique appelant à encourager l’investissement dans les secteurs productifs et créateurs d’emplois.

En 2010, vous avez été avec E. Todd à prophétiser des soulèvements de jeunes dans la région de l’Afrique du Nord. Anfass et d’autres mouvements sont nés, entre autre, de l’esprit du 20 Février, version marocaine de ce que l’on a appelé « printemps » dans la région. Quelle est votre vision aujourd’hui avec les données du moment?
Je suis avec E. Todd trop modeste pour revendiquer cette prophétie! Il est vrai que les indicateurs notamment démographiques du monde arabe laissaient présager que quelque chose ne pouvait pas ne pas se passer! Il est vrai qu’aujourd’hui en 2015 on peut paraître sceptique avec les évolutions qui se déroulent sous nos yeux. Mais les révolutions arabes ne peuvent être jugées au terme d’une seule quinquennie. Patience, la révolution française a pris près d’un siècle pour produire ses fruits, avec beaucoup de hauts et de bas…

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